Annie LafranceLe Soleil
Collaboration spéciale
Québec
Le dessin de mode est bien plus qu’une tenue dessinée sur une silhouette, soutiennent les designers. En fait, le mouvement artistique de chaque dessin donnera des indications sur les styles, les coupes et l’allure générale de la prochaine collection.
Par exemple, pour sa dernière collection K, le couturier de renom Karl Lagerfeld a dessiné des vêtements de denim sur des silhouettes bien mystérieuses, dont certaines ne portaient pas de haut, étaient de dos, ou avaient le visage caché derrière des lunettes noires. Un choix délibéré qui portait toute l’attention sur le jean.
Dans les coulisses, on raconte même que certains croquis de Lagerfeld sont tellement créatifs et fantaisistes que les patronnistes doivent réaliser des dizaines de patrons avant de satisfaire l’auteur du croquis.
«Ce n’est pas un exemple isolé. De façon générale, pour faire une collection d’une vingtaine de tenues, les designers doivent dessiner une centaine d’esquisses», dit la designer Julie Ouellet, qui enseigne le dessin de mode aux étudiants du Campus Notre-Dame-de-Foy (CNDF).
Parfois même davantage. Chez Myco Anna, la dessinatrice Annou Théberge crayonnera jusqu’à 400 esquisses pour une seule collection saisonnière. D’abord créatifs et intuitifs, les dessins se précisent de fil en anguille pour créer une ambiance bien définie, laquelle deviendra le fil conducteur de la prochaine collection.
Figures de style
Et ne dessine pas qui veut un croquis de mode. Qu’il soit d’abord un gribouillage, un simple croquis au plomb ou encore une silhouette primaire, le dessin de mode prendra ensuite la forme d’une figurine élaborée et proportionnelle aux formes féminines.
«Mais ces proportions sont quelque peu faussées puisqu’on étire la silhouette pour le dessin dans le but de donner la meilleure présentation visuelle possible au vêtement», nuance Julie Ouellet.
Même allongée, la silhouette la plus près de la réalité sera faite en X, c’est-à-dire que les épaules seront légèrement plus larges que les hanches et que la taille sera marquée. Et elle inspirera le mouvement. C’est pourquoi les designers ajouteront à leurs figurines un léger déhanchement, une chevelure dans le vent ou encore un effet de marche, par exemple. Un défi en soi pour les jeunes créateurs qui doivent allier le dessin créatif et la technique pour que leurs collections puissent être un jour commercialisées.